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Les premiers pas

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Au commencement étaient le chat et le langage

J'étais une enfant plutôt solitaire. Ce n'était pas toujours très pratique pour jouer au football. En revanche, c'était idéal pour inventer des histoires, voyager sans quitter ma chambre.

Le premier mot que j'ai écrit était TOM. Non, ce n'était pas une fulgurance littéraire. C'était le nom de mon chat. On peut difficilement faire moins ambitieux comme entrée en littérature. Ma mère a pourtant gardé cette inscription dans un classeur avec plus de dévotion que ne sont conservées les reliques de Sainte Triaise de Rodez.

Trois lettres, tout mon univers : à l’endroit TOM, mon chat, à l’envers MOT, le langage. Donc, au commencement étaient le chat et le langage.

Puis, mon père m’a plongée dans le chaudron de la littérature. Il ne m'a jamais expliqué pourquoi un texte était beau. Il se contentait d'être ému. Son meilleur argument, c'étaient ses larmes. J'avais douze ans, lorsqu’il s'est assis à côté de moi et m’a présenté un curieux personnage, Monseigneur Myriel. Nous venions d’entrer ensemble dans le premier chapitre des Misérables. Il m’a guidée ainsi pendant quelques lignes, me relevant quand je trébuchais sur un mot. Puis, comme lorsqu’un enfant prend de l’assurance à vélo, très doucement, on desserre les mains... Le reste, il faut le faire seul. Je suis partie avec Jean Valjean dans les rues de Paris, j'ai suivi les Amis de l'ABC jusqu'aux barricades, j'ai souffert pour Fantine, admiré Gavroche... et je ne suis jamais vraiment revenue. Mon père ne m’a pas seulement donné un roman. Il m'a appris à naviguer.

Puis Aragon est arrivé. Par la voix de Ferrat. Et là, les textes se sont mis à chanter.

Quelques années plus tard, la comédie musicale Cats est venue compléter l’éblouissement. Musique. Poésie. Danse. Langue anglaise... et chats. J'avais trouvé un spectacle qui ressemblait à un concentré de toutes mes passions. J'y ai surtout compris une chose : les arts se complètent et se répondent.

L'université m'a ensuite posé une question insoluble :

— Quelle discipline choisissez-vous ?

Choisir ? Mais pourquoi choisir ? Choisir, c'est exclure. C’est pourtant une exigence récurrente :

— Choisis ton camp ! Lettres ou sciences ? Histoire ou géographie ? Histoire antique ou histoire contemporaine ?

J’ai toujours eu un problème avec les frontières. Alors, j'ai étudié l'histoire. Puis, les langues. Et les lettres. Et hors parcours balisé, la philosophie, les sciences. Les études sont une drogue dont je n'ai jamais vraiment décroché.

Mon parcours professionnel a suivi la même logique. Coordinatrice d'édition. Médiatrice culturelle. Traductrice. Enseignante. Écrivaine. Vu de loin, cela peut ressembler aux errements d’une caractérielle instable incapable de rester assise dans le même fauteuil. Moi, je continue à penser que j’ai toujours exercé la même activité : préserver et transmettre. L’enseignement de ma mère et celui de mon père.

Mon père était un marcheur. J’ai marché avec lui. Parfois aussi loin que lui, parfois moins. Mais j’ai compris que l’important, c’est de continuer à marcher vers ce qui nous appelle, même si on ne doit jamais l’atteindre. Ce fut le cas de Fontargente, un lac de haute montagne, un site ariégeois auquel on accède après des heures d’ascension. Je ne suis jamais arrivée jusque là. Ce nom est resté celui d’un but, d’un rêve. Mon horizon. Il est devenu mon nom de plume.

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