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Vers les Marginalias

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Les chemins de l'écriture

Les écrivains ont souvent l’art de se rendre invisibles. Vous ne les voyez pas dans le bus, à la terrasse d’un café ou accoudés au parapet d’un pont. Mais eux voient. C’est d’ailleurs leur premier travail : affûter leur regard, tendre l’oreille. D’où leur immobilité et leur silence. Ce sont des guetteurs. Jusqu'au passage d'une idée. Alors, ils se mettent à frétiller.

Mais les idées ont un défaut majeur : elles n'ont absolument aucun sens de l'organisation. Elles débarquent à l’improviste dans une salle d’attente ou un conseil de classe qui s’éternise. Surtout, ne pas se faire remarquer. Poker face. On glisse la main dans le sac, on tâtonne à la recherche du petit carnet, celui qui est déjà noirci de hiéroglyphes… Zut ! Le stylo n’est pas accroché ? On fait discrètement courir l’index et le majeur sur la table. Hop ! Celui-ci ira très bien. Et on note. Karamabush. Mais qu’est-ce que ça veut dire ? C’est l’autre, là, qui joue les experts et nous emboucane avec ses théories. Il a une tête à s’appeler Karamabush. Et on va l’envoyer débiter ses grands discours dans La dernière goutte d’huile. On va se marrer.

Voilà à quoi ressemblent mes marginalias. C’est une fourmilière de personnages, de mots et de situations surgis du quotidien. Non, les romans ne s’écrivent pas la plume collée contre les lèvres, les yeux levés en attente de la grâce divine, mais au volant, dans la rue... On est assis devant un café-crème. Et puis, on entend une conversation. On réprime un rire. On note vite fait sur un coin de l’addition, en se disant : « Celle-là, elle sera pour Lino ! »

En réalité, quand on s’installe au clavier, la scène existe déjà. On convoque tout le monde et on orchestre. Personnellement, j'écris dans le silence. Enfin... presque. Il y a le ronronnement des chats. Et puis, il y a le reste. Dans ma tête, les personnages discutent, se coupent la parole, protestent, plaisantent. Une scène ne fonctionne que lorsqu'elle sonne juste. Parfois, il suffit de changer de rythme. Ou de langue.

Let's switch to English.

Certaines histoires choisissent elles-mêmes leur langue. Il serait dommage de les contrarier.

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