Eva Forever est une oraison funèbre polyphonique qui donne la parole à treize narrateurs différents. Chacun évoque, lors d'une cérémonie-hommage organisée à Toulouse, le souvenir de la célèbre diva Eva Horus.
Eva était accueillie sans pompe dans notre quotidien, invitée tout aussi simplement à s'asseoir parmi nous et à partager nos beignets ou notre pot-au-feu. C'était ce qu'elle aimait. Étaler du sirop d'érable sur des pancakes. Bafouiller. Éclater de rire. Et sortir de la maison sans avoir à tourner la tête et se protéger de ses avant-bras.
Parfois, on la surprenait à jeter des regards étonnés vers l'écran de télé. Et le jour où ils ont diffusé ce documentaire sur Brassens… Brassens en vacances avec ses amis sur la plage de la Corniche. Un artiste qui casse la baraque à l'Olympia, à plat ventre sur le sable sur le plan suivant. Il se jette à l'eau avec une délectation enfantine… Eva, les yeux écarquillés. Le voilà qui sort de l'eau, hilare, ruisselant. Il dévore un quartier d'orange à pleines dents. Pas de journaliste. Pas de spot. Pas de pose. La caméra était la sienne. Brassens filmait aussi ses amis, sa famille, ses chats dans des décors modestes. On sent l'énergie heureuse qui émane de ces images. Eva reste perplexe. Elle voit l'artiste regarder les autres. On l'appelle poète, on l'appelle génie des mots, et lui, il court dans le sable et se laisse tomber en riant… Eva nous appelle au secours du regard. Quelques images plus tard, le chanteur caresse un chaton, câline un petit chien. Et toujours cette moustache rieuse… Eva fond en larmes.
Eva Forever — Chapitre 10, Nelly Richardson
Achevé d'écrire en 2026
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Le chapitre 6, « Claude Gabion », à télécharger librement en PDF.
Télécharger l'extrait (PDF)So yes—right then— the thought of walking away crossed my mind. I could have given up everything that had once been my dream, my ticket to the easy life: America, the cars, the show business world, all that travel… I could have left it all behind, gone back to being a waiter, and honestly, I wouldn't have missed a thing. I would have found myself a dingy little room in the city centre, driven a sluggish little Renault 5, served customers leafing through L'Humanité on some sleepy square in Toulouse… and I wouldn't have missed a thing from my old life. I swear, nothing at all… Except for you.
What? Be left with some magazine version of you—never feel you alive beside me again? And I couldn't abandon you in your distress. You needed a helping hand… Only, even staying by your side, I remained nothing more than a bystander to your torment. The comic-book Kit Carson would have slain the executioner, tucked you under his arm, and ridden off at full gallop to hide you away in some secret clearing. Wouldn't he? But we never live up to the myth.
The truth is, you went under alone—terribly alone—devoured by the eyes of the world. Never an Oscar, yet always forced to sit through the same ritual of humiliation: that fixed smile straining your eyes, the applause for the grand proclamations of the winners, in that gaudy carnival of shimmering gowns, bleached teeth, and blackened souls.
Eva Forever, a Polyphonic Eulogy — Chapter 6, Claude Gabion
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