Parfois, un mot refuse de traverser la frontière. Sa mémoire culturelle est trop dense pour cela. Il ne s'agit plus alors de traduire le mot, mais de retrouver l'expérience de lecture qu'il provoque.
Basile dit :
Il y a les stars et il y a les saltimbanques.
Aïe ! Comment faire passer Saltimbanque en anglais ? Mummers ? Oui, c'est vaguement l'idée d'un artiste ambulant, mais les contextes culturels de ces deux mots ne se superposent pas. Et perdre cette image cruciale ne serait pas seulement un appauvrissement, mais une trahison de sens.
En effet, ici on entend immédiatement l'opposition de star – industrie hollywoodienne, strass et paillettes, showbiz – à saltimbanque, terme coloré renvoyant aux artistes des rues, aux spectacles populaires sans grands moyens, à l'improvisation, avec parfois une connotation péjorative.
Et puis, il y a la musique. Les allitérations en /s/.
Alors, j'ose :
There are the stars, and there are the Saltimbanques.
Laissons les saltimbanques débarquer dans le texte anglais et voyons s'ils emmènent le lecteur voyager.
Ma priorité :conserver l'épaisseur culturelle d'un mot
Le risque :créer une étrangeté
Mon choix :laisser les couleurs culturelles d'une langue se diffuser dans l'autre