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Ouvrir le bal

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J’imagine bien un roman qui commencerait comme ça…

On imagine parfois qu'une scène naît le jour où on l'écrit. En réalité, la scène d'ouverture d'Eva Forever est beaucoup plus âgée que le roman. Elle sent les churros, la barbe à papa... et un peu la poudre des feux d'artifice.

Enfant, j’ai passé de nombreuses fêtes du 14 juillet à Tarascon-sur-Ariège. Juchée sur les épaules de mon grand-père, je regardais le ciel s'illuminer. La montagne décuplait le bruit des explosions et le décor cinématographique de cette bourgade des Pyrénées donnait une dimension spectaculaire à ce feu. Je ne savais évidemment pas que j'étais en train d'emmagasiner une scène. Je pensais seulement passer une bonne soirée.

Quelques années plus tard, au même endroit, mon père s’amuse de cette manie de vouloir à tout prix raconter un événement pendant le feu d’artifice. En plus, cette année-là, ils ont choisi le thème des catastrophes naturelles en Ariège. 1875, inondations de Verdun, 71 morts, 13 disparus. Boum, la belle bleue ! Psiou, la belle verte !

Et puis mon père lance une phrase en l'air, comme une gerbe lumineuse.

— J'imagine bien un roman qui commencerait comme ça. Un soir de fête... Toute la ville est rassemblée le long de l’Ariège pour assister au feu. Et puis, tout à coup...

Je ne suis pas certaine qu'il se souvienne aujourd'hui de cette phrase. Moi, si. Elle est restée là, à couver sous la cendre. Les années ont passé. J'ai écrit d'autres scènes, d'autres livres, rencontré d'autres personnages.

Puis un soir, Eva Horus meurt sur une route d’Ariège. Et voilà comment Soupetard se retrouve un soir de 14 juillet, au pied du Castella, sa fille sur les épaules, le téléphone qui vibre dans sa poche…

Le reste appartient au roman.

J'aime beaucoup cette idée que certaines scènes nous attendent patiemment pendant des années. Elles savent très bien qu'elles finiront par trouver leur livre.

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